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L'art sur Internet ... |
Internet
, diffuseur et vecteur d'art
- Les sites institutionnels: l'art en ligne - Internet: l'art pour tous - Entrée des artistes |
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mode d'expression spécifique
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Entrée des artistes
Nous tenterons ici de décrire les utilisations que peuvent faire d' Internet les artistes dont le travail n'est pas spécifiquement lié à ce media. Un artiste travaillant sur un matériau physique, et n'ayant pas de fascination créatrice à l'endroit des fenêtres de navigateurs, pourra-t-il avoir néamoins un usage du net ?
- L'art pour l'art
- L'art dissident
- L'art par tous
L'art pour l'art
L'utilité du net pour un artiste "conventionnel" est d'abord un avatar de celle qu'en aurait tout autre individu ayant un projet à même de tirer des avantages de la publicité du net. Internet est en effet une forme nouvelle de publication de l'oeuvre de l'artiste, qui peut espérer augmenter sa notoriété en existant en ligne. Mais cet aspect doit être mis en perspective: le site personnel d'un artiste, dans le maelstrom chaque jour plus chaotique du net, ne saurait être considéré comme une manière sûre de se faire connaître: la pêche à la ligne a peu de chance d'être miraculeuse. Pour palier à ce problème de visibilité, de plus en plus d'artistes réunissent leurs pages sur un même site fédérateur. C'est ce qu'ont fait les artistes regroupés sur le site art-netart.
D'une manière plus générale, on peut avancer que comme dans beaucoup d'autres domaines, les avantages du net pour l'artiste lambda sont assez... virtuels. La mode est à Internet, et si l'on ne veut pas passer pour rétrograde, il conviendra d'en user (ou au moins d'en avoir l'air). Entre de manière non négligeable dans cette problématique la question des subventions aux artistes, et des commandites, dont l'attribution est souvent tributaire de critères secondaires, liés à l'idée vague d'une modernité.
Mais si l'on met de côté l'utilisation promotionnelle du web par l'artiste, dont on a dit qu'elle n'était pas d'une efficacité évidente, et l'aspect "paraître" de la présence en ligne, un site peut avoir une utilité pratique certaine. En effet, il peut être assimilé à un book électronique dynamique, d'accès ubiquitaire, et facilement réactualisable. Le site de Pascale Archambault, sculpteure montréalaise, en est un bon exemple.
L'artiste, avec qui j'ai correspondu via e-mail, considère son site comme utile d'abord par cet aspect de dossier immatériel. Fréquemment en déplacement (des symposiums de sculpture sur pierre se tiennent à travers le monde), madame Archambault a eu l'occasion de multiplier les contacts : avec d'autres artistes, avec des organisateurs, voire des achetteurs éventuels, collectivités ou particuliers. Imprimer en quantité un catalogue de ses oeuvres pour pourvoir à chacunes de ces rencontres serait très onéreux, et moins satisfaisant du point de vue du rendu.
Mais cette pratique de la carte de visite en ligne est loin de s'être généralisée. Si P. Archambault a pu avoir un site personnel dès 1995, c'est par le hasard de ses connaissances. Sans l'ami qui le réalisa à un prix modéré, elle n'aurait pu bénéficier de cet apport pratique indéniable, mais qui reste, selon ses propres termes, "secondaire dans [sa] démarche".L'art dissident
On vient de définir à grands traits l'utilisation que font d'Internet les artistes de métier (si tant est que l'art soit une profession). On a fait référence à un idéal type d'artiste individualiste, ayant une approche autotélique de leur travail. Il existe cependant des artistes pour qui le but ultime de leur labeur est de changer la société. Pour ces artistes activistes, ou citoyens (leur propre terme, quelque peu laudatif), la possibilité de diffusion de leur message qu'offre internet est indéniable.
On se propose, afin de restreindre le champ de notre démonstration, de se pencher sur les artistes de la mouvance du Culture Jamming. Ce mouvement, dont la cohésion est incertaine, est né aux Etats-Unis au début des années 80. Le Terme Culture Jamming, ou "brouillage de la culture", renvoie au principe qu'ont en commun les artistes du Jamming, et qu'on peut résummer à l'idée de lutte contre l'esprit consumeriste. Pour dénoncer l'emprise de McWorld sur les esprits, ces "guerrilleros sémiologiques" s'attaquent aux médias, avec une prédilection marquée pour la publicité.
Internet permet à ces trublions de faire voir leurs travaux, mais aussi de publier leurs manifestes ou leurs textes (ou ceux de penseurs qu'ils admirent/récupèrent: Eco, Baudrillard...). En outre, le net et l'e-mail leur permettent d'annoncer leurs expositions, ou leurs coups médiatiques. Voici un exemple d'annonce archivée sur le site de la New York Free Media Alliance.
Le maître ès-canulars Joey Skaggs tient à jour un site qui, en plus de contenir les informations biographiques d'usage, fait oeuvre de prosélytisme pour la cause du media hoaxing, sa discipline "artistique" préferrée. On lui doit entres autres un "bordel pour chiens", la "brigade anti-gras" (milice mercenaire embauchable par les personnes souhaitant maigrir mais manquant de volonté...) et "métamorphosis" (sic), la pilule régénérante à base de cafard. Ces idées saugrenues n'auraient que peu d'intérêt si leur auteur n'avait pour chacunes d'elles suscité l'intérêt avide des médias les plus sérieux (dont Good Morning America. Deux fois !).
Le groupe de Jamming le plus connu est sans doute Adbusters , dont les détournements publicitaires sont visibles sur Internet, mais aussi dans un magazine du même nom et sous forme de cartes postales. On a ici affaire à un véritable business de l'anti-business. Deux exemples typiques du travail de ce groupe:
1.Parodie de la campagne d'Absolut.
2.Lessive/prozac
On ne fera pas la liste exhaustive de la présence Jammer sur Internet. On aurait pu citer la Cicada corps of Artists, nettement plus communautaire, dont les détournements de pannaux placardent épisodiquement le New Jersey, ou leur collaborateur occasionel Ron English, connu entre autres pour sa Cène composée de personnages de Disney. Notre propos était ici de souligner qu'Internet se prêtait de manière idéale à l'activisme artistique, ou artistisant.
L'art par tous
L'espace non régulé que constitue Internet pose-il un problème quant à la définition de ce qu'est un oeuvre artistique ? La non fiabilité du réseau comme source est bien connue, qui fait par exemple que n'importe qui peut prétendre avoir des compétences médicales, et "prescrire" des traitements farfelus. De la même manière, Internet offre la possibilité à qui le souhaite de publier ses oeuvres. Mais la comparaison est ténue, dans la mesure où il n'existe pas de "diplôme d'artiste", et que la pire conséquence qui puisse résulter de la prétention artistique injustifiée sur le net sera un crime contre le bon goût.
Mais il reste que cet espace peut modestement appeller à une redéfinition de l'art amateur, notamment par une dépersonalisation des oeuvres. Un site comme le désormais célèbre "cat-scan.com" en est un bon exemple. On est ici dans le cas d'une compilation, sous forme de concours, ou le burlesque un peu sadique côtoie des cas troublants (compte-tenu de la technique...) de qualité formelle. Une galerie d'art de san-Francisco a exposé 77 des meilleures de ces "oeuvres".Internet peut-il prétendre à un autre statut que celui de vecteur indifférencié des oeuvres? Nos chats applatis nonobstant, peut-on vraiment voir dans le réseau et ses attributs techniques les germes de nouvelles formes artistique?