| Page
d'accueil
L'art sur Internet ... |
Internet
, diffuseur et vecteur d'art
- Les sites institutionnels: l'art en ligne - Internet: l'art pour tous - Entrée des artistes |
La
Toile, mode d'expression spécifique
- De l'Art en ligne au Net Art - Un art dématérialisé - Les défis à relever |
Conclusion
Sources et Liens |
Les défis à relever pour qu' Internet s'impose comme mode d'expression artistique
Le numéro du 23 février 2000 du Monde Interactif le titrait: l'Art numérique n'en est encore qu'à son enfance. Promis à un bel avenir, il a néanmoins de nombreux défis à relever pour s'imposer durablement comme un support artistique spécifique et non comme un simple vecteur. Un "Net Art" de qualité exige d'abord des formations artistiques adéquates et un soutiens actif de la part de l'Etat; il exige en second lieu une réelle liberté et ne saurait être récupéré sur le Net à des fins publicitaires.
L'effort mené par les institutions de formation L'action structurelle de l'Etat Un art à sponsoriser ? La vision pessimiste Une plus grande autonomie du champs artistique ? La vision optimiste
L'effort mené par les institutions de formationOn ne s'improvise pas graphiste, dessinateur en 3D ou webdesigner. Les écoles d'art l'ont assez vite compris. Signe des temps, le programme d'histoire d'art au CAPES d'arts plastiques a pour intitulé "L'Art à l'âge électronique". Près d'une centaine de formations destinées au multimédia se sont ouvertes en France ces dernières années (source: Monde Interactif du 23/02/00). La création sur logiciels 3D fait maintenant partie de la formation offerte par la très ancienne et très prestigieuse école des Beaux-Arts à Paris: elle dispense depuis 1995 un mastère multi-media-hypermedia. L'Ecole Nationale Supérieure de la Création Indutrielle (ENSCI, les ateliers) et l'Ecole Nationale Supérieure des Arts décoratifs (ENSAD) proposent toutes des spécialisations de le domaine de la création multimédia. L'école des métiers de l'image et des Gobelins à Paris, Supinfocom à Valencienne sont devenues de véritables viviers de jeunes créateurs. Leur formation informatique se fait en complément, bien sûr, avec les supports traditionnels; mais on attend d'eux qu'ils sachent intégrer dans leur travail l'écriture, la photographie, le son, la video.
Adaptées et efficaces, ces formations ont néanmoins le défaut d'être chères (7622 euros - 50 000 fr. par an en moyenne) et très disputées (les places sont très rares).
L'action structurelle de l'Etat
Les institutions gouvernementales se sont sensibilisées aux défis . Le ministère de l'éducation nationale a commandé à Jean-Claude Risset, directeur de recherche au CNR, un rapport de mission sur la convergence entre l'art, la science et la technologie. Dans son introduction, le rapport expose les enjeux de l'art numérique:
" La recherche artistique vise bien sûr la création artistique. l'expression artistique ne peut tourner frileusement le dos à son époque et exclure les acquis scientifiques et technologiques de son temps. Les exigences de l'art et les connaissances opératoires des artistes ont de tout temps stimulé et inspiré la recherche scientifique et l'innovation technologique - bien plus qu'on ne le croit généralement. les enjeux économiques de la recherche artistique sont considérables. Les applications de la recherche en art concerne l'activité artistique professionnelle mais aussi l'éducation et les loisirs. Les arts alimentent des industries culturelles au marché potentiel très important."
in RapportArt-Science-Technologie (AST)Les pouvoirs publics semblent donc avoir pris conscience des ressources du "Net Art" et des structures qu'il nécessite:"Dans le domaine des arts visuels, aucune institution ne consacre de moyens substanciels à la recherche artistique: la France prend depuis dix ans un retard dangereux par rapport à ses voisins européens (Angleterre, Allemagne, Autriche) pour la recherche graphique en collaboration avec des artistes, malgré dasactivités de producion et de formation substancielles dans le domaine du cinéma. En dépit de certaines réussite, la valorisation industrielle reste insuffisante."
in RapportArt-Science-Technologie (AST)Comme on le voit, ce rapport de mission souligne les enjeux commerciaux et industriels de l'art appliqué aux nouvelles technologies. Mais justement, peut-on lier l'art à des enjeux commerciaux sans le dénaturer. C'est le deuxième problème qui se pose lorsqu'on s'intéresse à l'avenir de l'art sur internet.
Un art à sponsoriser ? La vision pessimiste
Comment rémunérer des artistes dont les oeuvres sont immatérielles, accessibles, facilement reproductibles et surtout difficiles à vendre pour ces raisons? C'est aussi la question que se posent les maisons de disques... A la différence que celles-ci peuvent facilement se tourner vers les recettes engendrées pas les recettes publicitaires des sites (les auteurs de l'oeuvre musicale pourraient, dans un futur plus ou moins proche, être rémunérés non plus sur les ventes en magasin mais sur les recettes publicitaires de sites de téléchargement). Il est peu préjudiciable à l'auteur d'un album de voir son CD entouré de banières publicitaires, l'important restant le contenu musical du C-D... Mais en art graphique, c'est la manière dont l'oeuvre est perçue au premier abord qui fait l'intérêt de l'oeuvre.
Le problème n'est pas simplement visuel: accepter que l'art graphique soit sponsorisé revient à accepter de faire correspondre une logique de liberté créative à celle de l'image d'une marque, d'une institution. On peut craindre que les artistes ne deviennent les faire-valoir de leurs mécènes (cf. le site de la fondation Cartier, le site de la vodka Absolut). Les artistes ne peuvent rester libres si leur activité sur le Net se résume à illustrer des sites commerciaux, certes de plus en plus esthétiques (les sites de mode notamment, comme le site agnès b) mais pas vraiment artistiques puisque placés sous une contrainte marchande.
"Je crois que les catégories traditionnelles de l'art, du commerce et de l'Internet sont entrain de se mélanger...", explique Philippe Clark, chez Mondorondo (société spécialisée dasn la création de sites Internet) "... il va y avoir de moins en moins de sites austères réservés au commerce et de l'autre coté, des pages purement artistiques".
Le principal danger sur Internet est donc que l'art ne vende son âme et ses valeurs aux impératifs esthétiques de la logique publicitaire.
Une plus grande autonomie du champs artistique ? La vision optimiste
La vision pessimiste sous-entend qu'un art libre ne peut survivre que si les artistes trouvent des moyens de rémunération... moyens qui peuvent les asservir plutôt que les servir.
Mais si la Toile se place en concurrence du marché de l'art, elle ouvre aux artistes une chance unique de se faire connaître. Les plus créatifs, les plus provocateurs, les plus talentueux peuvent être repérés sur le Net et acquérir une notoriété. Prenons l'exemple d'un jeune designer découvert sur le net pour son talent et son audace: sur son site "ora-ito.com", il crée des objets en 3D qui réutilisent des esthétiques connues (Casio, Chanel, Thierry Mugler, le style de Starck...). Ce pied de nez aux grandes marques n'a pas manqué d'attirer leur attention et celle de la presse, du public.
En créant son propre site, l'artiste est seul maître de son image. Dans "Les règles de l'art" (1992), Bourdieu plaide pour une Internationale des artistes attachée à défendre l'autonomie des univers de production culturelle (autrement dit la propriété des producteurs culturels sur leurs instruments de production et de circulation, donc de consécration). Bourdieu affirme que cette autonomie est menacée, les artistes ne contrôlant pas de façon satisfaisante leurs possibilités d'intervention dans le débat public. En effet, le champs journalistique, proche du monde l'argent, contrôlait les moyens de diffusion culturelle et imposait ses propres critères de sélection des "bons" artistes. Internet semble, dans cette optique, pouvoir constituer une solution pour l'autonomie du champs artistique.
Suite >>